« Revoir Paris » de Alice Winocour

5/5 !

Synopsis

A Paris, Mia est prise dans un attentat dans une brasserie. Trois mois plus tard, alors qu’elle n’a toujours pas réussi à reprendre le cours de sa vie et qu’elle ne se rappelle de l’évènement que par bribes, Mai décide d’enquêter dans sa mémoire pour retrouver le chemin du bonheur possible.

Critique

Victime indirecte des attentats du 13 Novembre, c’est aux côtés de son frère survivant qu’Alice Winocour a traversée l’un des plus grands traumatismes de cette décennie. Conjuguant force de la vie et fragilité émotionnelle, « Revoir Paris » retrace en délicatesse la difficile reconstruction des victimes après un tel choc.

Tout d’abord, Paris. Une des plus grandes capitales du monde. Elle se définit par sa chaleur humaine, ses immenses boulevards jonchés de terrasses et ses lampadaires bouillonnants. Au lendemain du 13 Novembre, le visage de la ville s’est réveillé balafré par un chaos urbain. C’est dans l’espoir lumineux de revoir Paris comme avant que la réalisatrice a écrit ce titre significatif.

Brute et rapide, à peine quelques minutes mais suffisant pour marquer les esprits, la scène de l’attaque dans un bistrot parisien choque. Elle intervient dans un quotidien des plus banals où citadins et touristes profitent d’un beau moment au restaurant. Certains dînent en couple, d’autres fêtent un anniversaire, tandis que Mia est venue s’y réfugier le temps d’une pluie passagère. D’un coup d’un seul, sans aucun artifice, les bruits de kalachnikov assortis aux débris de mur et aux hurlements de détresse nous intègre dans une sidération soudaine.

Il est à noter que le film n’a aucunement la prétention de reconstituer l’histoire d’une véritable attaque. Ainsi, la réalisatrice a tenue à mettre en scène un attentat purement fictif pour mettre l’accent non pas sur l’évènement, mais essentiellement sur « l’après » vécu par les victimes.

Incarnés par Virginie Efira et Benoît Magimel, les personnages de Mia et Thomas apportent une sensibilité combattive au film. Elle, indépendante, motarde, c’est après l’attaque que sa pugnacité vacille et déséquilibre toute sa vie personnelle. Lui, banquier d’affaires, se définit par une certaine désinvolture. Dans une forme de déni, il refuse de se voir comme un miraculé à part entière malgré une diminution physique à la jambe.

Couple, travail, quotidien, le métrage aborde la destruction avant la reconstruction. Bien que l’incompréhension des amis soit épineuse, c’est surtout celle du conjoint qui est la plus compliquée. Il y a une détresse bipartite où les proches ne savent pas comment faire pour aider l’autre, tandis que de son côté, le sauvé ne trouve que pour seul refuge, les autres survivants. A la recherche de repère humain, c’est comme une grande famille qui se dessine autour d’associations dans lesquelles chacun se soutient et y fabrique sa place.

Inspirés de véritables témoignages, « Revoir Paris » est aussi la naissance d’une histoire d’amour entre deux rescapés. Face à la reconnaissance des blessures communes et à une compréhension réciproque, il s’est développé un lien incomparable qu’ils ne retrouveront chez personne d’autre. Conséquence directe de cette rencontre avec la mort, la perception des choses est bouleversée et offre des ébranlements de vie considérables.

Après un tel évènement, les références post-traumatiques sont souvent à degré variable. Dans une inclusion complète, le film révèle un travail de longue haleine de la part de la réalisatrice et des acteurs en termes de décryptage et d’empathie. L’effet d’étouffement, l’isolement ou encore l’exemple d’une femme blonde dans un tel rejet des évènements qu’elle transfuse ce qu’elle a vécu sur une autre, les exemples sont multiples et déchirants.

Parmi les séquelles les plus marquantes, il y a ce blocage de la mémoire face au choc. Comme un instinct de survie, la violence est telle que notre esprit fait un arrêt cérébral et provoque une amnésie. Au gré de suivis psychologiques et d’hypnoses, cette résilience sera l’ultime combat de Mia que de se rappeler ce qu’elle a vécue…

« Revoir Paris » peut paraitre sombre et pourtant, c’est avant tout une leçon éclatante de la vie. Comment savourer l’après ? Comment réapprendre à vivre ? Plus qu’un film, cet hommage aux victimes, aux survivants et à la capitale est un enseignement sans prétention quant à l’appréciation des choses.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s