« Rodéo » de Lola Quivoron

3,5/5

Synopsis

Julia vit de petites combines et voue une passion dévorante, presque animale, à la pratique de la moto. Un jour d’été, elle fait la rencontre d’une bande de motards adeptes du cross-bitume et infiltre ce mileu clandestin, constitué majoritairement d’hommes. Avant qu’un accident ne fragilise sa position au sein de la bande…

Critique

Pour son premier long métrage, Lola Quivoron s’attèle aux rodéos urbains, une pratique bénigne en apparence, mais à forte polémique lorsqu’on gratte le vernis. Dans une société fracturée par les extrêmes, la réalisatrice frappe dans la fourmilière des oppositions avec cette discipline controversée. Coup de sang maîtrisé ou coup de maître engagé, « Rodéo » ne va pas passer inaperçu !

Qualifié comme amusement clandestin, ces compétitions sauvages soulèvent un sujet populaire qui fracture la collectivité puisque nuisibles et illégales. L’attention particulière que manifeste « Rodéo » avant même sa sortie traduit la fascination qu’une partie des élites porte pour le « voyou » des cités, à l’image d’un cow-boy des temps modernes ayant remplacé le cheval par la moto volée, le pistolet par le kniffe et le chapeau par la cagoule.

Pour bien définir la chose, le rodéo « cross-bitume » est une discipline non reconnue qui consiste à faire des figures acrobatiques sur une moto lancée à pleine vitesse, et généralement sur des zones non aménagées ou interdites. Ce sport est malgré tout une niche en devenir puisque déjà qualifiable par une culture, un mode de vie, des codes et surtout une communauté soudée naissante.

C’est dans ce microcosme fermé, ultra masculin, que Julia, jeune fille passionnée de moto, va devoir faire ses preuves pour construire sa place. Interprétée par Julie Lerdu, cette anti-héroïne incarne de prime abord une racaille détestable en quête de sens. Colérique, nerveuse, mais voleuse astucieuse, elle dérobe les motos des riches pour s’entrainer. Sans attaches, sans domicile, sans argent, Julia se cherche et s’adapte tel un caméléon au gré des environnements.

« Rodéo » est agaçant car, avec une moralisation politisée et affirmée, le film a tendance à créer de violentes oppositions entre les sexes, les catégories sociales et même intrinsèquement, entre les différents électorats. Or, même si notre conscience est ébranlée par l’immoralité, ce « Yamakasi » 2022 fonctionne par la force d’écriture du personnage de Julia.

Véritable véhicule motorisé du film, bien que terriblement haïssable au départ, la jeune femme au caractère agressif, va laisser sa carapace se fendre peu à peu pour faire apparaître une sensibilité insoupçonnée. Avec une certaine poigne, ce que nous prenions pour de l’inconscience se traduit rapidement par de la malice et une forme d’intelligence. Une combinaison d’ensemble qui lui permet de survivre par ses propres moyens dans le groupe de motards caïds.

« Rodéo » se révèle comme un film d’émancipation puissant qui revendique houleusement la place de la femme dans notre quotidien, notamment dans des secteurs rongés par la virilité. Le milieu du rodéo urbain habilement choisit en est un exemple exacerbé.

D’ailleurs, le final accentue cette cause, puisque Julia finit par sacrifier sa liberté et même sa vie au nom d’Ophélie, un personnage incarné par Antonia Buresi, co-scénariste, bloquée entre l’amour de son fils et l’emprise de son mari prisonnier. Au cœur de la difficulté machiste, les deux élues ont fini par se serrer les coudes, malheureusement l’une au détriment de l’autre…

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