« Le Jeu » de Fred Cavayé

Le Jeu - Film 2018 | Cinéhorizons

4/5

Synopsis

Le temps d’un dîner, des couples d’amis décident de jouer à un « jeu » : Chacun doit poser son téléphone portable au milieu de la table et chaque SMS, appel téléphonique, mail, message Facebook, ect… devra être partagé avec les autres. Il ne faudra pas attendre bien longtemps pour que ce « jeu » se transforme en cauchemar.

Critique

« Les Infidèles » ou « Radin ! » pour ses comédies les plus connues, Fred Cavayé a toujours aimer grossir des traits de caractère sous couvert de parodie. Peut-être un brin de Molière dans l’âme, le réalisateur a cette fois-ci renouvelé son écriture pour une histoire au goût du jour : « Le Jeu ». A huit clos, ce dîner de cons des temps modernes ironise sur nos réflexes comportementaux autour du téléphone portable.

Dans les croyances populaires, la Lune est l’incarnation de la maîtrise du temps. Elle contrôle les marées, les saisons, les humeurs ou bien la pousse de nos cheveux. Tout un symbole donc lorsque l’on sait que la soirée entre amis qui se prépare se fera sous une pleine Lune, masquée par une éclipse. Un phénomène très rare, chargé de superstitions… Un cache-cache déguisé laissant présager la révélation de secrets et de mensonges superposés.

Le Jeu by Fred Cavayé - Téléphone portable - Equipe du Film - Bérénice Bejo - Suzanne Clément - Stéphane de Groodt - Vincent Elbaz - Gregory Gadebois - Doria Tillier - Roschdy Zem

Marie, Charlotte, Vincent, Marco… Au gré de la présentation des personnages, les premiers échanges veulent insidieusement montrer à quel point le téléphone est devenu un outil de contrôle permanent : La mère qui veut savoir où va son adolescente en soirée, chez qui, avec qui, tout en sachant qu’elle a déjà scruté ses amis sur les réseaux sociaux, ou encore, celle qui veille à ce que ses enfants soient couchés en les appelant en FaceTime leur grand-mère qui les garde…

Ces suspicions continuelles nous mettent chacun en garde contre cette surveillance permanente. Il se dessine alors une forme de représentation et de maîtrise de soi. D’ailleurs, Marie et Vincent, le couple central du film brillamment interprété par Bérénice Bejo et Stéphane De Groodt, incarne intelligemment cette complexité. En effet, l’une est psychiatre, l’autre chirurgien esthétique, et ils le disent : Leur métiers n’ont jamais autant marché ! Ils réparent le mal-être des gens, de manière physique ou psychique, dans un monde régi par l’apparence. Tout un concept…

Et c’est là que « Le Jeu » devient une expérience cinématographique, presque sociologique. Puisque l’intrigue à la malice de rendre représentatif ce que chacun se donne tant de mal à contrôler ou à cacher dans son téléphone.

Le Jeu by Fred Cavayé - Berenice Bejo et Stephane De Groodt - Couple chrirugien et psy

En tant qu’actrice principal, Bérénice Bejo détient les principales forces de dialogues. A commencer par cette première pique autour de la géolocalisation et du partage permanent : « Nous sommes tous des victimes consentantes qui perdons jour après jour un petit peu de libre arbitre. »

Autre exemple, et pas des moindres, puisque c’est LA phrase qui fait basculer le scénario vers le jeu : L’échange tendu avec son mari sur l’idée de fouiller le smartphone de son partenaire. Lui n’est pas d’accord, elle, passe de curieuse à inquisitrice. Elle explique alors que cet outil est devenu « la boîte noire du couple » et que cela peut aujourd’hui provoquer bon nombre de divorce. Un vrai changement de société…

Le Jeu by Fred Cavayé - Suzanne Clément et Grégory Gadebois

Mais « Le Jeu » reste surtout et avant tout une comédie de grand public. Les péripéties sont multiples et s’enchainent avec finesse. De la surprise à l’émotion, les notes d’humour sont marquantes et chacun peut s’identifier aux situations, indispensable pour qu’un large public s’y retrouve. Sont abordés dans les grandes lignes l’adultère, l’homosexualité, les confidences de famille, les relations de travail, et même l’appréhension de la première fois…

Au-delà de la réflexion critique, cette satire montre avec cynisme à quel point nous sommes dépendants, voir même esclaves de nos smartphones. Dérision ultime, cette application de sport qui donne à Ben des instructions à IMPERATIVEMENT suivre tout moment du jour et de la nuit ! Ou bien, plus naïvement, il y a la traditionnelle selfie de groupe, devenu LE rite de nos soirées.

Le Jeu by Fred Cavayé - Smartphone et Selfie de groupe d'une soirée entre amis

D’ailleurs, le personnage de Léa, brillamment interprété par Doria Tillier, apporte un contre-exemple très bien construit des clichés de la jeune génération accro à ces appareils ! Belle, jeune, mariée épanouie, la trentaine, elle est la seule qui n’a rien à se reprocher autour de la table. Elle casse les codes ! Elle apporte une fraîcheur, une pureté terre à terre nécessaire (et réaliste) au film. Sa simplicité éloignée de tous ces vices superficiels montre que les gens simples sont bien plus nombreux que ce que l’écosystème d’influence numérique laisse à penser.

Au risque parfois de frôler le grand déballage, « Le Jeu » a frappé dans la fourmilière de quelques misérables vies bien établies. Un quotidien monotone mais des divertissements bien gardées sous couverture de technologie, peut-être que la morale finalement malvenue serait de dire « Vivons heureux, vivons cachés. »

Le Jeu by Fred Cavayé - Doria Tillier - Dans la pureté et la simplicité

Bilan :
« Le Jeu’ aborde les sujets les plus universels du monde mais sous un angle numérique, reflet satirique de l’évolution de nos échanges.

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