« Doctor Sleep » de Mike Flanagan

Doctor Sleep - Film (2019) - SensCritique

4/5


Synopsis

Encore profondément marqué par le traumatisme de son enfance à l’Overlook Hotel, Dan Torrance a dû se battre pour tenter de trouver un semblant de sérénité. Quand il rencontre Abra, courageuse adolescente aux dons extrasensoriels, ses vieux démons resurgissent. Car la jeune fille, consciente que Dan a les mêmes pouvoirs qu’elle, a besoin d’aide pour lutter contre la redoutable Rose Claque et sa tribu qui se nourrissent des dons d’innocents comme elle pour conquérir l’immortalité. Formant  une alliance inattendue, Dan et Abra s’engagent dans un combat sans merci. Face à l’innocence de la jeune fille, Dan n’a d’autre choix que de mobiliser ses propres pouvoirs, même si il doit affronter les fantômes du passé…

Critique

Bien que Mike Flanagan soit une référence en matière de films horrifiques grand public, force est d’admettre que l’évolution qualitative de ses œuvres s’accroît au fur et à mesure de ses nouvelles productions. Après avoir timidement sorti « The Mirror » et « Pas un bruit », il se fera connaître grâce à « Ouija : Les Origines » pour ensuite s’attaquer aux carnets de Stephen King. Appuyé par Netflix, le succès de « Jessie » l’encouragera à sortir « Doctor Sleep », la suite directe de « Shining », qui constitue à ce jour, le film le plus aboutie de sa carrière.

La légende hollywoodienne est bien connue : Stephen King déteste la version des années 80 ! Cette frustration passée s’additionne à la liberté d’écriture qu’a pris le réalisateur de l’époque, laissant bons nombre de jonctions déficientes du point de vue de l’histoire originelle. Un double challenge pour notre spécialiste de l’horreur qui parvient très vite à balayer les anciennes failles en reprenant les faits, notamment en repartant sur un récit avec Danny (et sa mère !) encore enfant.

D’entrée de jeu, c’est autour de la sorcellerie que s’impose la thématique centrale. Petit tour de magie lors d’un anniversaire, apparition d’un lapin ou lévitation de couverts, cette ambiance ludique va progressivement évoluer vers des tromperies de plus en plus puissantes passant par des maîtrises de l’esprit et des faux-semblants surnaturels. Aussi, quelques éléments significatifs se réfèrent à l’interprétation des rêves. Par exemple, le chapeau noir haut de forme de la terrible Rose Claque est un symbole de pouvoir et de désir. Aussi, un peu plus tard, le chat blanc qui accompagne Danny est l’emblème de la réincarnation.

Interprétée par Rebecca Ferguson, Rose Claque entre dans la catégorie de ces rares méchants franchement réussis et que nous retenons parfois mieux que les autres personnages. D’un style chic bohémien, ses tenues ambulantes scrupuleusement étudiées et son regard perçant inspirent une confiance mystifiante ingénieusement redoutable. Acerbe, cynique, diabolique, elle incarne la voix du mal dans l’exploitation du « shining ».
A l’image des gangsters des années 1880, elle a à ses côtés une troupe de bandits itinérants. Nous retrouvons d’ailleurs Carel Struycken, définit par son physique atypique et déjà vu dans « Jessie » sur Netflix.

Danny, l’enfant star du premier film, a quant à lui bien grandit. Après des années de combat contre lui-même, il parvient durement à trouver une stabilité sociale dans laquelle il forge la maîtrise de son don. Ce pouvoir qui le hante depuis son enfance trouve tout son sens lorsqu’il choisit d’accompagner des mourants dans leurs derniers soupirs. Dans un rapport antinomique, Rose incarnant le mal, Danny apporte la contradiction romancière du bien en faisant de sa faculté une belle action.

Chaque personne détenant le « shining » possède une vapeur corporelle liée à son aura. Propre à chacun, il constitue l’âme et la clairvoyance d’une personne. Se nourrissant de cette essence physiologique, un des membres de la troupe de Rose parle d’aspirations « moins bonnes » dû à l’époque et s’interroge sur le quotidien actuel. Netflix, les fast-foods ou le record de consommation d’anxiolytique, c’est pour cette raison que les bandits s’orientent désespérément vers des enfants car l’innocence qui les habitent est ce qu’il y a de plus pur.

Voir des êtres supérieurs se délecter de notre bien-être, n’y-a-t-il finalement pas là une satire indirecte de notre société libérale ? A qui profite réellement la quiétude ou l’inquiétude qui nous anime ? Une réflexion profonde, affolante et pourtant, terriblement brillante !

D’une attraction macabre, « Doctor Sleep » a des essences nostalgiques délicieusement mis au goût du jour. Dans « Shining », l’énergie néfaste était ancrée dans l’établissement hôtelier, dans le squelette du bâtiment. Il détenait alors une forme non perceptible, effrayante et inexplicable. Dans ce nouvel opus, le phénomène est humanisé car il est physiquement contenu par des êtres et des vies humaines. Une rationalisation au réel qui permet de mieux saisir les faits assez flous dans le film de 1980.

Bien qu’il faille patienter deux heures avant le grand retour dans l’hôtel Overlook, les fans absolus n’en seront pas pour autant déçus. Au gré de quelques flash-backs, la prise de repère savoureuse des lieux se fait assez rapidement. D’une qualité de retranscription brillante, aucun des clichés magistraux n’est épargné : Les jumelles du couloir, la chambre 237 et bien entendu le sang dans le hall des ascenseurs. Même la machine à écrire et la chaise renversée dans le premier film sont à l’identique.

Au-delà du lieu, ces retrouvailles sont synonyme d’un final en apothéose. Muni d’une hache dans l’escalier central face à Rose, Danny retranscrit les pas de sa mère, Wendy, face à son père Jack dans « Shining ». Les clins d’œils et les images imprimés de similitudes ne manquent pas, et ce nouveau face-à-face semblable à deux amants liés par les mêmes capacités définit pourtant une opposition parfaitement établit entre le bien et le mal.
C’est par ailleurs cette unique et dernière partie qui établit véritablement la connexion entre « Shining » et « Doctor Sleep ». Telle une histoire qui se répète, Danny revit l’amère expérience de son père mais chut, nous n’en dirons pas plus…

Petite anecdote pour les plus observateurs, le numéro de l’adresse où réside Abra Stone, la jeune fille star de ce nouveau film, est 1980. Un joli clin d’œil puisqu’il s’agit précisément de l’année de sortie du premier film, « Shining ».

Bilan :
Frissonnant, excitant & hypnotisant, « Doctor Sleep » ne nous endort pas bien au contraire, il réveille même le « Shining » oublié d’un film culte qui a marqué des générations !

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