« Les Invisibles » de Louis-Julien Petit

Les Invisibles - Film (2019) - SensCritique

4/5
[Coup de ♥ Cinéphilion]


Synopsis

Suite à une décision municipale, l’Envol, centre d’accueil pour femmes SDF, va fermer. Il ne reste plus que trois mois aux travailleuses sociales pour réinsérer coûte que coûte les femmes dont elles s’occupent : falsifications, pistons, mensonges… Désormais, tout est permis !

Critique

C’est à juste titre que « Les Invisibles » ose et révèle, dans un format risqué, le quotidien de femmes SDF. Nous les croisons chaque jour mais elles ont finit par se fondre dans le décor de nos habitudes à tel point que nous ne savons même plus regarder ou même les considérer. Voilà tout l’engagement de cette comédie sociale à fort degré humaniste.

De fait, la caractéristique adéquate « Invisible » dénonce une non-considération, et une volonté par laquelle les politiques actuelles tentent de faire disparaître ces êtres humains des paysages essentiellement citadins. A l’image d’un documentaire, quelques clichés répartis tout au long du métrage exposent des mesures prises par les autorités, telle l’installation de dispositifs anti-SDF dans les centres-villes ou le démantèlement forcé d’un camp en pleine nuit, sans aucune alternative.

Au gré du quotidien compliqué de ces femmes, le film relate au cours de quelques premières scènes, les complexités administratives du système français. Il y a d’ores et déjà un transfert quotidien entre des centres de nuits qui ne se limitent qu’à l’accueil, puis des centres de jours susceptibles de proposer un accompagnement. Et, lorsque ce suivi abouti a des rencontres favorables, les interlocuteurs sociaux demandent à ces mêmes centres de laisser ces femmes en autonomie. Un cercle infernal qualifié très justement de « hamster dans sa roue » par Audrey Lamy lors d’une entrevue tendue qui n’a pu aboutir.

« L’Envol », le centre de jour devant fermer ses portes sur ordre de la Mairie, les bénévoles sont invités à abandonner leur fonction auprès de ces femmes SDF, et à libérer les locaux occupés. Mais le rôle de ces interlocutrices va bien au-delà du simple métier. C’est une vocation qui les transperces, une volonté puissante d’aider ceux dans le besoin. Et c’est précisément là que le fond du film intervient puisqu’elles décident, ensemble, de continuer leur mission dans l’illégalité. Mais finalement, comment distingue-t-on la moralité vis à vis de la loi ? Comment peut-on leur reprocher une désobéissance civile au servi d’autrui ?

Dans le casting, il y a d’abord une partie fictive, incarnée par un quatuor d’actrices. Les personnages d’Audrey, Manu, Hélène et Angélique (Révélée dans « Divines » en 2016) montrent alors une détermination sans faille avec un investissement prêt à tous les sacrifices. Le personnage d’Hélène, incarné par Noémie Lvovsky, peu paraître étrange au premier abord mais son évolution la rend vite attachante. Un mariage qui s’effrite, une situation professionnelle compliquée et des enfants peu attentionnée, elle va trouver dans cet engagement, un échappatoire qui va devenir sa raison d’être.

La seconde partie du casting rentre dans le cadre d’un docu-fiction puisqu’il s’agit de femmes d’expériences qui ont réellement vécues ces conditions. Tel un hommage exclusivement féminin qui leur est rendu, elles apportent leur humanité, leurs témoignages et leurs histoires personnelles avec elles dans les lignes du film. La star qui se démarque est bien entendue Catherine, drôle, naturelle, en quête d’un emploi stable. Elle vit dans la misère depuis sa sortie de prison après avoir abattue son mari qui la maltraitait.

Il y a aussi Julie, interprétée par Sarah Suco, qui décèle les limites et les dérives possibles de ces contextes compliqués. Drogue, viol, la jeune femme se retrouve enfermée dans un tourbillon et malgré un dévouement de la part d’Audrey, cette dernière ne trouvera pas vraiment de solution pour l’en sortir. Un exemple d’échec bien choisit pour démontrer que tout ne peut pas toujours aboutir, notamment lorsque certains traumatismes relèvent avant tout d’une aide psychologique.

La réussite solennel de « Les Invisibles » est de faire comprendre que, malgré leurs expériences, ces femmes n’ont jamais perdues espoir. En les passant de l’ombre de la rue à la lumière du grand écran, Louis-Julien Petit propose une oeuvre pleine d’optimisme et de positivé. A la fois léger et puissant, drôle et sensible, ce film dispose d’une profonde fibre sociale qui stimule notre besoin enfoui d’agir.

Bilan
Une comédie sociale engagée, complètement d’actualité, boosté par un élan d’amour et de solidarité. Lorsque le rideau se lèvera, ne cachez pas votre sourire qui sera semblable au smiley de l’affiche ! 🙂

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