« Les Misérables » de Ladj Ly

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4/5


Synopsis

Stéphane, tout juste arrivé à Cherbourg, intègre la Brigade Anti-Criminalité de Montfermeil dans le 93. Il va faire la rencontre de ses nouveaux coéquipiers, Chris et Gwada, deux « Bacquex » d’expérience. Il découvre rapidement les tensions entre les différents groupes du quartier.

Critique

Premier film, une Palme d’Or à Cannes et déjà en lice pour les Oscars, au-delà d’être un métrage sur les banlieues, « Les Misérables » constitue avec exploit l’ascension étourdissante de Ladj Ly.

Plus compliqué dans l’écriture que dans la réalisation, les films périphériques sont rares mais visent généralement juste. « La Haine », « Chouf » ou encore « Divines », chaque génération et chaque sujet bénéficie de son cri d’alarme sur grand écran. Les émeutes, la drogue ou encore les armes, cette nouvelle oeuvre pose des bases sur les rapports tendus entre communautés, au cœur d’une France unifiée dans le fantasme.

Balayant d’un revers de main tous les clichés quelque soit les orientations, les pensées et les bords politiques, le réalisateur propose un angle de vue inédit au cœur d’un système instable, mais scrupuleusement hiérarchisé. Polices, banlieues et jeunes sans repères, Ladj Ly emploi une violence brute, emprunt d’un profond réalisme, avec un terrible besoin humain inexistant : La considération.

Il est tout de même important d’admettre que la première demie-heure est tendancieuse quant à l’incrimination des policiers, notamment avec le personnage de Chris. Or, il y a un point de basculement où cette autorité, pouvant parfois paraître extrême, se traduit comme un instinct de survie. Dans cette jungle urbaine, il suffit d’un craquèlement pour que tout le système explose et cette autorité employée par le fonctionnaire impose en effet une forme de respect dans ses relations.

En dehors de cette prise de position, il y a d’autres engagements idéologiques assez forts comme le personnage de Salah, ancien prisonnier ayant retrouvé la paix au travers de la pratique de l’islam ou encore, cette petite fille d’une dizaine d’années voilée, assise dans son kebab. Ce message visuel, pouvant paraître incompréhensif chez certain, se traduirait par une probable provocation pour d’autres.

Outre cette phrase de Victor Hugo symboliquement inscrite à la conclusion du film, ces misérables modernes exprime un désarroi commun. Entre ces policiers censés représenter la loi et désarmée au sens propre du terme, et cette jeunesse perdue qui croupit dans ces lieux devenus ghettos, il y a un absent majeur : l’Etat.

Une bavure policière accidentelle, une vidéo prise sur le fait, ce combo sert ainsi de démonstration parfaite quant à de cette absence de pouvoir. L’étroit équilibre, qualifié par cette « loi des quartiers », s’écroule dès ce dérapage. Chacun cherche à sauver sa peau dans un jeu de domination sans règles pour avoir l’ascendant suprême. Cette vidéo devient donc l’objet de toute les convoitises, certains cherchent à discréditer la police, d’autres éviter de probables émeutes et les forces de l’ordre, quant à elle, essaient avec complications de garder un semblant de crédibilité et d’autorité.

Bien que « Les Misérables » manifeste un admirable engagement, il faut  admettre qu’il manque l’impact… Pourtant, l’introduction laisse croire qu’un esprit rassembleur est possible mais, au contraire de « La Haine » ou « Divines », il manque cet élément déclencheur capable d’attirer les foules. Le degré politiquement correct plaira à cette bobocratie des festivals, mais le film n’a pas le choc suffisant pour entrer dans les anales. Les Oscars feront sûrement ce travail manquant à l’échelle médiatique mais malheureusement, il manquera toujours l’effet populaire car ce constat d’échec ne dépend pas des gens, des gilets jaunes, de nous, mais bien des actions politiques inefficaces depuis des dizaines d’années.

Que dire sur ce final ostentatoire et brillant qui reprend, dans une démonstration de force, la phrase mythique de Gérard Colomb lors de son départ de ministère de l’Intérieur fin 2018 : « J’ai bien peur que nous finissions face à face. » Un policier armée, un enfant violent, deux êtres à l’affront. La suite ? Il en revient aux politiques de l’écrire, et de réagir…

Bilan
Une oeuvre destinée à faire réagir la classe politique et médiatique, mais à part voir sur grand écran ce qu’ils vivent au quotidien, les vrais misérables n’y trouveront pas grand intérêt.

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