« Pupille » de Jeanne Herry

5/5 !


Synopsis

Théo est remis à l’adoption par sa mère biologique le jour de sa naissance. C’est un accouchement sous X. Les services de l’aide sociale à l’enfance et se service d’adoption se mettent en mouvement. Les uns doivent s’occuper du bébé dans ce temps suspendu, cette phase d’incertitude. Les autres doivent trouver celle qui deviendra sa mère adoptante. Elle s’appelle Alice et cela fait dix ans qu’elle se bat pour avoir un enfant. Voici l’histoire de la rencontre en Alice, 41 ans, et Théo, trois mois.

Critique

Pour son deuxième grand film après « Elle l’adore », c’est toujours aux côtés de Sandrine Kiberlain que Jeanne Henry propose « Pupille ». Un retour somptueux pour la réalisatrice qui élargie non seulement son talent d’écriture, autour de l’émotion, mais aussi son réseau, notamment grâce à un casting illustre.

En exposant le sujet de l’adoption, « Pupille » se veut informatif sans être documentaire, démonstratif sans tomber dans le reportage. De cette fine disposition, le film présente étape par étape la succession des complexités administratives, l’implication enchaînée des différents protagonistes et surtout, un questionnement prioritaire qu’est le bien-être de l’enfant.

Clara, la mère biologique, fait le choix d’abandonner son bébé car en tant qu’étudiante, elle ne pourra assumer son bien-être. En partant de ce sacrifice, nous découvrons Lydie, assistante sociale, qui se bat en faveur d’Alice. Jean, de son côté, gomme son quotidien pour maintenir la garde du bébé jusqu’à son adoption définitive. C’est ainsi que chaque rôle, même les plus secondaires, comme cette sage-femme, ont une place primordiale dans la recherche de ce qu’il y a de mieux pour Théo. Les destins s’entrecroisent, ou pas, se rencontrent ou se connaissent, mais ils sont tous tenus par une même motivation : Lier les destins d’Alice et de Théo.

Prétendante à l’adoption, Alice fait au départ la démarche avec son mari. Ensuite divorcée, une succession de flash-back judicieusement intégrés au scénario présente les étapes de vie de la future maman. Autant de sacrifices sur le plan personnel que dans la longévité des procédures, le suivi du personnage offre une analyse profonde quant à la traversée sinueuse que porte cet engagement.

Aussi, au gré de quelques métaphores littéraires, « Pupille » s’amuse et tente par moment une approche ludique et pédagogique. Tandis que Karine, interprétée par Sandrine Kiberlain, apprend les couleurs primaires selon le goûts des bonbons Dragibus, Alice se reconvertit en tant que lectrice théâtrale pour les aveugles. Ces apports de soutien étant des démarches d’aide et d’apprentissage pour l’autre, sont aussi des mises en abîme se référant à l’éveil infantile des sens primaires que sont le goût, la vue et l’ouïe.

L’exploit rarissime de ce métrage reste tout de même l’interprétation des expressions faciales du bébé. Il y a une qualité de travail remarquable quant à la patience lors du tournage, puis quant aux heures de montages. Derrière ces images brutes pleine d’innocence, chaque expression, chaque sentiment est d’une telle puissance que le partage émotionnel dépasse la barrière de l’écran.

Après avoir écumé des rôles secondaires dans « Fleuve Noir » et « Guy », ce nouveau film permet (Enfin !) à Elodie Bouchez de s’affirmer en tant qu’actrice principale. Non seulement, la comédienne confirme sa place prometteuse au cœur du cinéma français, mais ce passage lui offre une révélation de taille au grand public. Un César à venir ?

Sûrement n’est-ce pas volontaire, mais le métrage rappelle tout de même qu’en ces périodes de débat sur la PMA et la GPA, la priorité demeure avant tout sur le droit à l’enfant. Malgré sa volonté de devenir maman, Alice a fait le choix de patienter, dix années durant, à coups d’entretiens psychologiques et de confidences auprès de l’assistante sociale afin d’offrir son amour à un futur enfant dans le besoin. Un don de soi et un hymne à la vie, telles sont les qualificatifs de l’adoption en ces temps où la maîtrise de la fécondité est au cœur des évolutions sociales.

L’apothéose finale, évidemment réussie, nous partage la rencontre unique d’une vie, celle d’un bébé et de sa maman. Un instant de pureté éclaboussé par de puissantes émotions dont le face-à-face conclut le film sur une note de joie, un sentiment parmi une multitude d’autres empreintes jouissives ! « Pupille » est tout simplement une exception transcendante, un film émouvant, plein d’espoir et de positivité, une ode lumineuse qui mérite d’être vue, recommandée et récompensée !

Bilan
Adepte ! Adopté !

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