« Les Chatouilles » de Andréa Bescond & Eric Métayer

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4/5


Synopsis

Odette a huit ans, elle aime danser et dessiner. Pourquoi se méfierait-elle d’un ami de ses parents qui lui propose de « jouer aux chatouilles » ? Adulte, Odette danse sa colère, libère sa parole et embrasse la vie…

Critique

Fort de son succès en 2016, c’est après avoir obtenue le Molière de la Meilleure Mise en Scène Seule qu’Andréa Bescond a souhaité exploiter son oeuvre sur grand écran. C’est ainsi qu’en plus d’être un combat intiment personnel, « Les Chatouilles » dénonce le sujet frileux de la pédophilie dans une vision artistique particulière.

La danse. Assez rarement, voir jamais exploité au cinéma, cet attrait artistique constitue un échappatoire pour Odette, le personnage principal. Violée dès son plus jeune âge par un ami de la famille, elle fait de la danse une thérapie illusoire sans vraiment sortir de son traumatisme. Tantôt réaliste, tantôt imaginaire, notre narratrice fait de ces scènes de performances, une lignée psychique, telle une confusion entre ses rêves, ses espoirs et la triste réalité.

Certains passages s’avèrent inutiles, comme cette scène imaginaire avec son meilleur ami où elle se voit partir aux USA, puis se retrouve dans un parloir. D’autres sont indispensables, notamment un medley de séquences où Odette, en pleine tournée artistique, perd peu à peu ses repères temporels à cause de la drogue.

Nombreux sont les flash-back faisant référence à l’enfance de l’actrice. Présentées de manière crue, les images mettent en scène la démarche du pédophile et parfois même, ses actes. Dur à voir, cette ambiance glaciale impose pourtant une lente imprégnation psychologique, nécessaire au téléspectateur pour se mettre dans la peau de l’enfant victime, et ensuite, mieux la comprendre une fois adulte.

Ne pas pouvoir expliquer à sa mère pourquoi sa serviette est mouillée, que les tâches de sang sur sa culotte ne sont pas ses règles prématurées… Des instants acerbes, corrosifs, emprunt d’une profonde réalité où la petite fille se sent prisonnière d’un silence et d’une souffrance.

Le personnage de la psychologue, interprétée par Carole Franck, est indispensable au récit. C’est elle qui précisément impose à Odette de revivre son passé pour le combattre. Au début distante, l’écart assigné par professionnalisme médical va peu à peu se rétrécir au gré de la reconstruction de la victime. La première fois qu’elle va dire d’elle-même avoir subit un viol, la rencontre avec son copain… Chaque étape est un pas vers un avenir plus sain. La psychologue devient alors un maillon fondamental dans son quotidien et ses confidences.

Faisant preuve d’un talent légendaire, Karine Viard excelle en tant que mère écorchée vive, rôle dont elle confie pourtant ne pas avoir compris le personnage. Peut être le contexte lui était-il déjà familier, elle retrouve indirectement l’ambiance de « Polisse », terrible film sur la Brigade de Protection des Mineurs. Quant à Clovis Cornillac, celui-ci apporte un sens des réalités dans lequel il ne cache pas l’amour qu’il porte à sa fille. Papa poule, mère ingrate, il y a une forme d’antithèse dans la vision éducative des parents où l’une est dans le déni complet, tandis que l’autre, aime et protège.

A force de confrontation entre traumatisme et reconstruction, de maturité et de candeur froissée, le final s’achève sur une légèreté trop facile quant à la digestion d’un événement d’une telle gravité. En effet, conclure sur une fin aussi positive est honorable oui, mais malheureusement trop utopique face à la violence du sujet. Une grosse maladresse. Dommage.

Bilan
Des chatouilles loin de faire rire…

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