« Gueule d’Ange » de Vanessa Filho

4/5


Synopsis

Une jeune femme vit seule avec sa fille de huit ans. Une nuit, après une rencontre en boîte de nuit, la mère décide de partir laissant son enfant livrée à elle-même.

Critique

Premier métrage et pas des moindres pour Vanessa Filho, « Gueule d’Ange » explore dans sa complexité une relation inégale entre une mère et sa fille. Marion Cotillard, Festival de Cannes, une enfant au casting… Un challenge délicat pour la réalisatrice que notre indulgence peut considérée comme réussie.

Malaise ambiant dans les nappes d’un mariage foireux, la situation d’une femme malheureuse se dessine hâtivement entre deux cuves de champagne. Un marasme général s’impose, la jeune blonde décolorée boit, dérape à sa propre cérémonie tandis que sa fille papillonne, s’amuse dans une vaine recherche d’affection maternelle.

Alors qu’un sentiment de compassion émane de notre impuissance d’action, la contemplation du spectacle égocentrique de Marlène finit par attrister et dégoûter. Son look bimbo, ses jupes ultra-courtes et son maquillage forcé, la jeune mère manifeste peu à peu un manque de confiance en elle incommodant.

Lorsqu’au supermarché sa carte bleue ne passe pas, la demoiselle fait semblant de ne pas comprendre dans une exagération publique gênante. A l’inverse, lorsqu’elle se retrouve seule face à Pôle Emploi en tenue sexy, elle pleure de stress au point de rebrousser chemin dans une incapacité de prendre des responsabilités. Assez osé finalement puisque toutes ces situations, ces instants de gênes représentent un attrait visionnaire d’une certaine tranche oubliée de la société.

Progressivement, c’est au profit de l’effacement de Marlène que sa fille, Elli va devenir la narratrice centrale du métrage. Abandonnée d’un coup d’un seul un soir dans un taxi, « Gueule d’Ange » s’oriente sur le regard d’une enfant perdue et livrée à elle-même. L’absence paraît incompréhensible, la durée intemporelle, sans véritable notion de temps. Quête d’amour, reconnaissance perdue, peut-être un peu longuet pour certains, cette deuxième partie pénètre une philosophie et une psychologie infantile où cette absence de référent progresse dans une colère montante.

Le cadre parental disparaît, l’éducation nécessaire aussi, et cette instabilité constitue inévitablement un renversement des rôles : La maman, plus inconsciente qu’insouciante, s’amuse dans l’écume des télé-réalités et des projecteurs illusoires, tandis qu’Elli, sans repère, se fracasse face à une souffrance d’oubli et une autonomie continuelle.

Telle une évidence, Marion Cotillard prouve une énième fois un jeu d’actrice extrêmement pointilleux. Partant d’un personnage autocentré sans limites jusqu’à un modelage physique impressionnant, l’actrice se travestit en une cagole des télé-réalités plus vrai que nature. Bien que le film ne puisse pas plaire à tous, son jeu d’actrice demeure incontestable.

Bilan
La romance d’une maman démoniaque et de sa gueule d’ange dans un portrait familial à double facette.

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